LE COUPLE: CELLULE DE LA SYNARCHIE

 

            Aujourd’hui, les couples se font et se défont comme neige au soleil, dans une recherche effrénée du bonheur sinon du seul plaisir. Encore heureux s’ils se marient et s’ils ne se contentent pas d’une sorte de concubinage pudiquement baptisé mariage à l’essai. Ce phénomène est le symbole évident du désarroi et du désenchantement des jeunes générations implacablement conditionnées depuis quelques décennies par ceux qui, voulant asservir l’homme, espèrent par-là détruire son plus solide rempart : la Famille. Il est aussi le signe tangible que la finalité du couple repose sur un quiproquo fondamental : « on se marie pour être heureux ! ». Il est encore l’indice certain que le rôle respectif de l’homme et de la femme à l’intérieur du couple est mal vécu, sinon incompris, voire ignoré. Ce n’est certes pas le matraquage systématique des mass-médias sur la « libération » de la femme, cette imposture, qui aide les jeunes dans leur quête d’eux-mêmes.

 

            On ne se marie pas pour être heureux ! Deux êtres se marient d’abord par amour et pour rendre heureux le partenaire. La nuance est d’importance ! Ils se marient pour répondre à un appel à l’amour[1] qu’ils ressentent l’un pour l’autre et pour répondre consciemment ou non à une loi archétype de l’univers : « Croissez et multipliez, remplissez la Terre, soumettez-la. »[2].

 

            Le bonheur n’est pas un a priori ; il est la résultante de deux volontés, de deux renoncements, de deux sacrifices, en un mot de deux amours qui l’ont édifié dans la peine, toujours, dans la souffrance souvent, dans les larmes quelques fois, dans la joie de temps en temps. Le bonheur, c’est au cœur du combat quotidien le couronnement de deux amours centrés sur Jésus-Christ. En effet, l’union devant Dieu d’un homme et d’une femme est un geste sacré, un sacrement au travers duquel se poursuivent la rédemption et la sanctification du monde.

 

            Aussi la qualité du couple ne peut-elle se définir qu’en termes de vocation et de mission. Nous disons que la vocation du couple est triple :

 

  • En premier lieu, il est la grâce offerte à l’un de se réaliser et de s’épanouir par l’autre, mais avec lui et réciproquement.

 

  • En second lieu, il est l’occasion de poursuivre et de perfectionner l’évolution de l’humanité par les enfants qu’il engendre.

 

  • En troisième lieu, après l’amour passion ou l’amour raisonné, ou la passion sans amour, il tisse les liens de l’amour entre deux « frères » qui, par fidélité à leur foi divine, illuminent l’univers de leur harmonie conjugale et du sourire de leurs enfants.

 

           Oui ! L’harmonie, le bonheur sont possibles à toute créature humaine qui se met en concordance avec la loi divine. Mais pour vivre cette harmonie et construire ce bonheur au sein du couple, il faut connaître et accepter le rôle respectif de l’homme et de la femme.

 

             Par le sacrement du mariage, l’homme et la femme sont faits « UN » : c’est-à-dire qu’ils sont, de façon  égale et identique, choisis par la même grâce divine et bénéficiaires des mêmes bénédictions pour accéder au salut. C’est dire qu’il n’y a, entre l’époux et l’épouse, aucune hiérarchie de valeurs. Mais c’est dire aussi qu’ils sont complémentaires l’un de l’autre pour réaliser une vocation commune. Complémentaires donc différents, mais nécessaires l’un à l’autre.

 

            La femme est primordiale[3] c’est-à-dire mariale. Elle est les Eaux de la Genèse sur quoi plane l’Esprit : c’est dire qu’elle a un rôle essentiellement animique, d’animatrice qui donne de l’âme aux êtres et aux choses, qu’elle est guidée par l’Esprit et animée par la vie qui parfois croît en elle. Elle est Eve mère des hommes ; comme Eve, elle enfante les fils des hommes. Elle est Marie mère du Fils de Dieu ; à l’image de Marie, elle a pour mission de révéler et de faire grandir le Fils de Dieu au cœur du Fils de l’homme, de susciter et de faire s’épanouir le germe christique en chacun des membres de sa famille. Sa mission accomplie, elle sera Notre Dame, mère du Fils de l’homme parvenu à la plénitude du Christ.

 

              Mais pour tous et d’abord pour son mari, elle est la femme totale, mère, épouse et sœur.

 

         Dans son corps comme dans son cœur, elle recueille la misère des siens et leurs chagrins, leurs joies passagères et leurs enthousiasmes, pour tout transformer, comme elle en a reçu le pouvoir, en courant d’espérance et de vie. Participant dans son corps comme dans son cœur au renouveau et à la sublimation de la vie, elle manifeste l’humanité en son retour vers Dieu.

 

             Si l’épouse accepte de tenir avec humilité ce rôle prestigieux et irremplaçable de gardienne du feu[4], de réceptacle du germe divin de la vie, d’âme du foyer, de conseillère inspirée, elle est dépositaire de l’Esprit du Seigneur et la véritable inspiratrice : « l’Autorité » du couple. En effet, si Dieu est l’auteur de toutes choses, c’est-à-dire le Créateur, dans le monde de l’incarnation, l’auteur est bien celui qui enfante : la Mère. C’est par conséquent bien elle qui constitue « l’Autorité du couple ».

 

              Le père, contrairement à ce que l’on pense communément, n’a que le « Pouvoir », certes déterminant puisque « procréateur » ; mais il n’est que l’agent de la procréation. Une fois « planté la graine », c’est la femme, correspondance de la Terre et des Eaux, qui « porte » et fait grandir le fruit du Feu mâle en elle.

 

            Sans lui, elle n’a aucune faculté génératrice. Sans elle, son pouvoir à lui est vain. L’homme n’existe jamais que par la femme et la femme par l’homme. Toute autre conception n’est qu’inversion, déviation ou perversion.

 

              A l’homme, revient donc le rôle de « Pouvoir » : c’est-à-dire le rôle de chef qui commande, qui agit, qui protège, qui réalise, exécute et donne vie aux conseils, aux inspirations de son épouse. Lorsque « l’Autorité » du couple a inspiré le « Pouvoir », elle devient paralytique : cela veut dire qu’il appartient à ce dernier le choix du temps, du lieu, des moyens et de l’opportunité de l’action. Par contre, l’épouse est totalement solidaire de la réussite ou de l’échec de l’entreprise ! Car de la clarté et de la qualité de l’inspiration, de la pureté des mobiles, dépendent l’excellence et le succès de l’œuvre.

 

             Ainsi, chacun des éléments du couple tient précisément la place que la loi naturelle, écho de la loi divine, lui a assignée. L’unité du couple dans le respect de la polarité de chacun de ses membres, se réalise à travers de difficiles combats où se heurtent les personnalités, les cultures, l’éducation reçue. Elle s’obtient au prix de l’effort, du sacrifice permanent, de la volonté de réussir envers et contre tout, qui sont les signes indiscutables de l’amour fidèle et durable : le véritable Amour.

 

                                                                                                                                                                              

 

                                                                                                                                                                                                R.S

 

 

 

[1] Ne confondons pas amour et désir : la source de l’amour est l’Esprit ; son siège est l’Âme ; il embrase le cœur et sanctifie le désir au travers du sacrement. Les pulsions vitales de la matière sont la source du désir ; son siège est le Corps. Entre l’amour et le désir, il y a une différence de nature.

 

[2] Génèse I verset 28. Qu’on ne nous fasse pas à ce sujet de mauvaise querelle ! « Quand même on verrait le nombre des humains augmenter sur la Terre au rythme des essaims, cela ne doit jamais être une inquiétude, car le problème serait résolu, c’est formel, si justice, altruisme, amour universel et solidarité animaient la planète au lieu d’avoir le doigt rivé sur la gâchette », écrivait Péronnik le grand initié de la deuxième moitié du XXème siècle.

 

[3] La femme est primordiale parce qu’elle s’identifie aux Eaux de la Génèse qui sont à l’origine de tout le Créé.

 

[4] Feu est ici synonyme de vie, de famille et de foyer.

    

 

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