HOMELIE DU PASSAGE DE PÂQUES  2O13 .

 

 

J’aurais pu, partant d’un texte des évangiles relatant la résurrection de Jésus-Christ écrire une homélie exaltante et joyeuse. J’avais commencé sans grande conviction à faire des recherches dans ce sens. Puis mon maître intérieur a dit « laisse »et m’a suggéré de prendre en considération un des textes racontant la tentation de Jésus dans le désert : le texte de l’apôtre Matthieu, ch .4 v. 1 à 11.                                                                                                                                                                                         
La tentation de Jésus-Christ dans le désert suit immédiatement le baptême de Jésus par Jean le Baptiste dans le Jourdain. Désormais investi au plus profond de son être par l’Esprit-Christ qui a pris possession de lui et qui a transmuté sa perfection humaine en un être véritablement divin, Jésus-Christ, Dieu fait homme ou Homme-Dieu, devait comme Adam avant lui, passer par l’épreuve de la tentation avant de commencer sa mission rédemptrice.

          L’Esprit qui désormais va inspirer tous les actes de son existence, le conduit au désert pour y être tenté par le diable. Le « Diable », celui qui disperse, celui qui divise, celui qui casse. Il fallait, avant toute chose, que Jésus résiste, que Jésus surmonte, que Jésus maîtrise et terrasse Satan es lui. « Satan », celui qui s’oppose à la volonté divine, celui qui dit : « non » aux vues de Dieu. Si, à ce moment là, Jésus avait succombé à la tentation, l’union « CHRIST-JESUS » aurait volé en éclats. Le diable aurait triomphé une fois de plus. Et l’alchimie divine, la fusion de Jésus et du Verbe, le souffle du Père, se serait dissoute. Et d’Homme-Dieu, Jésus se serait retrouvé comme Adam, rétrogradé à la simple humanité. Ayant perdu son état de perfection antérieure, il se serait retrouvé « pécheur » comme ses contemporains et le processus de rédemption remis à plus tard.

            Donc l’Esprit conduit Jésus dans le désert. Là il jeûne pendant 4O jours et 4O nuits, temps d’accomplissement. Quarante jours pendant lesquels, tandis que le jeûne affaiblissait les résistances de l’être charnel, grâce à la prière et au jeûne, état requis pour cette opération de haute alchimie divine, l’Esprit transmutait progressivement chaque atome du corps et de l’âme de Jésus leur insufflant, leur inoculant ses qualités, sa puissance, sa majesté divine. Quarante jours temps d’accomplissement.

            Au bout de quarante jours Jésus a faim. Il se trouve affaibli physiquement. C’est ce moment là que le tentateur choisit pour commencer son opération de séduction, une autre alchimie, satanique celle-là. Les textes rapportent trois tentations qui résument toutes les autres.

« Si tu es le fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »

« Si tu es le fils de Dieu, jette toi en bas ; car il est écrit : Il ordonnera à ses anges de veiller sur toi, et ils te porteront dans leurs mains, de peur que ton pied ne heurte contre quelque pierre. »

« Je te donnerai toutes ces choses si, te prosternant devant moi, tu m’adores. »

             Par deux fois le tentateur essaie d’instiller le doute dans l’esprit de Jésus.

« Si tu es le fils de Dieu… Si tu es le fils de Dieu… » Le doute, état insidieux qui sape notre assurance et notre confiance en nous-mêmes.

 

« Ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Le diable suggère à Jésus d’expérimenter ses pouvoirs, de les utiliser pour lever le doute et à son seul profit.  « Toi d’abord » lui susurre-t-il. Faire passer ses besoins personnels avant la mission, c’est de l’égoïsme, le contraire de l’amour.

« Jette toi en bas …Il ordonnera à ses anges de veiller sur toi…ils te porteront dans leurs mains… » Une fois de plus Satan suggère à Jésus d’expérimenter sa puissance pour lever le doute et cela aux yeux de tout le peuple. Il essaie par là de faire naître dans l’âme de Jésus deux sentiments qui s’ils y éclosent le feront dévier de sa mission : le désir de manifester sa puissance, la vanité, et la séduction des foules pour éviter son « Sacrifice ». Or nous dit l’apôtre Matthieu (ch. 2O, v. 28 ) « Le Fils de l’Homme est venu…non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon de beaucoup d’hommes. » Mais le tentateur insiste : « Je te donnerai toutes ces choses si, te prosternant devant moi, tu m’adores. »

 

         C’est la tentation suprême ! Si par facilité Jésus suit cette suggestion, il reconnaît la suprématie de Satan et ce dernier passe au-dessus de lui. C’est un marché de dupe. Reniant sa divinité, Jésus-Christ devient incapable de sauver l’humanité.

          A ces trois tentations qui,  je le répète, résument toutes les autres, Jésus répond de manière souveraine :

 

« L’homme  ne vit  pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » c’est-à-dire seule la Parole de Dieu, le Verbe, donc lui-même, donne la Vie et rassasie l’homme sur tous les plans.

« Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu ». Par ces mots Jésus se définit comme Dieu.

« Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu ne rendras de culte qu’à lui seul. »  Là le Christ retourne la situation et dit à Satan : « c’est à toi de m’adorer et de me rendre un culte car je suis le Verbe incarné, Dieu fait homme. »

       A la fin des 4O jours, Jésus-Christ sort victorieux de l’épreuve nécessaire. Maintenant il est prêt à accomplir sa mission, prêt à s’offrir en sacrifice pour le rachat de l’humanité et relate Matthieu : « et voici que des anges s’approchèrent et le servirent ».       

 

        Et nous, chacun d’entre nous, où en sommes-nous aujourd’hui ?  Au désert soumis au feu de la tentation ? Dans le temps du ministère ? Sur le chemin de la Croix ? Sur la Croix ? Au tombeau ? Ressuscité ?  Certainement  pas !

           Le tentateur, qu’il se manifeste comme Diable, celui qui disperse et divise, ou comme Satan, celui qui s’oppose ou comme les deux à la fois, est toujours sur notre chemin. Notre âme est reliée au divin par notre Conscience spirituelle et à Satan par notre corps. Le Tentateur a prise sur nous, sur notre personnalité, à travers notre corps physique et les corps subtils qui en dépendent, le corps émotionnel et le corps mental.

 

 

 Il sait, avec maestria, jouer de nos pulsions charnelles, de nos désirs de jouissance, de nos troubles émotionnels, des pensées égoïstes et égotiques de notre mental, de nos peurs. Car il est une partie de nous, il est nous, la part sombre de nous-mêmes. Il est prince de ce monde, il est notre prince, tant que nous ne nous serons pas rendus maîtres de notre part d’ombre, tant que nous n’aurons pas terrassé le « dragon » en nous comme St Michel et ses anges l’ont déjà réalisé dans les sphères angéliques.

        Le tentateur fait parti de notre vie de tous les jours instillant insidieusement les poisons du doute, de la faiblesse, de l’égoïsme, de la violence, de l’orgueil et de l’abdication.

         Du désert de l’âme au sommet de la croix, il est là, à l’œuvre, attentif, éprouvant, se réjouissant de nos chutes et de notre désespoir. Il est là, faisant naître en nous le doute et  le désespérant « à quoi bon ». Il est là, en nous, semant la violence, les paroles assassines, exacerbant l’égotisme et l’orgueil, portant des jugements hypocrites et trompeurs sur le conjoint, poussant à l’abdication et à l’abandon de tout effort. Il est là guettant patiemment son triomphe et notre chute.

 

       N’était l’ « Amour », cette puissante œuvre de régénération et de salut qui, du Golgotha au plus intime de notre être, nous porte, nous pousse, opère au plus profond de notre âme l’alchimie nécessaire à notre rédemption, et de créature chutée doit nous faire parvenir à la stature parfaite de l’homme spirituel, de fils du Père, d’être christifié, n’était l’ « Amour », la grâce du Christ et la protection de Notre Dame, notre combat serait perdu d’avance ! Mais il y a l’  « Amour », c’est-à-dire le Christ qui en chacun de nous, au plus intime de notre être verse goutte à goutte son sang purificateur et régénérateur, porteur de vie et de vie éternelle, mais il y a l’ « Amour » qui de crucifiement en crucifiement, c’est-à-dire de renoncement en renoncement, qui de maîtrise de nos pulsions sataniques en victoires, nous conduit à notre propre libération, à notre propre résurrection. Cette alchimie se réalise au sein du cœur immaculé de Marie-Notre Dame, à la fois athanor et alchimiste, au sein de son cœur rayonnant l’Amour divin et se réjouissant de voir ses enfants enfin nés à la Vrai Vie, enfin parvenus à la stature de fils du Père, d’enfants de l’ « AMOUR ».

 

       Ce chemin est long, difficile et semé d’embûches. Et étroit le sentier qui mène du désert au crucifiement de notre partie satanique. Terrifiant le chemin de notre passion qui du jardin de Gethsémani nous mène au matin de Pâques. Mais la force nous en est donnée. La grâce nous est dispensée en surabondance. L’amour divin est là accompagnant chacun de nos pas hésitant. Il ne dépend que de nous de nous ouvrir à l’alchimie opérative de l’amour divin inondant chacune de nos âmes. Il ne dépend que de notre propre volonté de réussir là où Adam avait abdiqué sa royauté. Comme Adam nous avons le choix : dire « oui » ou « non » à l’Amour, à la Grâce sanctifiante que du haut de la Croix Jésus-Christ nous a acquis par son Sacrifice. Sur ce chemin difficile nous ne sommes ni seuls, ni abandonnés. Jésus-Christ nous précède et nous montre le chemin. Marie Notre Dame est là. Elle nous prend par la main, nous guide et nous protège.

 

   

Chevaliers et amazones blanches, soldats du Christ, il ne dépend que de vous, il ne dépend que de nous, de notre propre volonté, que soit roulée la pierre qui du tombeau vide nous mène à la gloire du Père par Jésus-Christ notre Seigneur.

 

        C’est le vœu qu’en ce matin de Pâques je formule pour chacun d’entre nous.

 

                                                                                                  Non nobis.

 

                                                                                                                     RS

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