Homélie du dimanche de Pâques 2018.


(Marc 15 v. 42 à 47)

 

 

   « Joseph d’Arimathie mit Jésus dans un tombeau qui était taillé dans le roc, puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau. » (Marc 15 v 46)

   Le prophète n’est plus ! Jésus de Nazareth dont la parole, l’enseignement, les miracles avaient cristallisé l’espérance messianique de beaucoup en Israël, est mort sur la croix d’infamie. C’est fini. La peur rode : peur des notables, des prêtres, peur de leurs réactions, peur des romains. Marc prend la peine de préciser que Joseph d’Arimathie « eut le courage d’aller trouver Pilate ». (Marc 15 v 43) La chasse aux disciples du Nazaréen est ouverte. Les apôtres, orphelins du Maître qu’ils aimaient, se sont regroupés au cénacle, au cœur du quartier essénien. Ils sont abattus ; ils sont bouleversés ; ils sont découragés ; ils sont « dans le deuil et dans les larmes » précise Marc (16 v 10).

   En ce moment, et par Dieu voulu, malgré les avertissements de Jésus-Christ, malgré la sérénité de Marie au cœur de sa douleur de Mère, ils ne croient plus à rien. Leur espérance est morte. Après les acclamations et l’enthousiasme qui ont accueilli Jésus à Jérusalem le jour des Rameaux, après l’agitation, le tumulte, les vociférations haineuses, les cris et la souffrance de ces dernières quarante-huit heures, le silence retombe. Le silence du samedi-saint : silence des hommes et silence de Dieu. Mais ce temps de latence, ce temps de gestation, est le temps de Dieu… le temps de l’amour agissant de Dieu. Le Fils a été mis au tombeau ; il a été rendu à la terre. Il repose désormais au cœur de la terre, au cœur de la Mère. Jésus est retourné dans le sein de Marie, gardienne silencieuse de la dépouille du Fils. C’est dans le secret de la terre, au cœur de Marie, qu’aura lieu l’alchimie fulgurante de la résurrection.

   Deux femmes, deux Marie, « Marie Madeleine et Marie, mère de Joses, regardaient où on le mettait ». Marc (15 v 47). Elles sont préoccupées par l’aspect pratique du rituel d’ensevelissement qui n’a pu être mené à terme à cause du sabbat proche. Elles souffrent, pâles images de Marie dont un glaive a transpercé le cœur, dont le cœur saigne depuis le vendredi-saint et dont la douleur perdure à travers les siècles à cause de l’ingratitude des hommes et de la haine de ceux qui aujourd’hui encore ne cessent de se moquer, d’insulter le Christ en Croix. Comme nos souffrances, comme nos chagrins, comme nos déceptions et nos états d’âme sont puérils et dérisoires par rapport à sa douleur !

   Deux femmes, deux Marie, regardaient où on le mettait. Or chaque femme parce qu’elle est une cellule de la « Mater dolorosa », une cellule de la Mère douloureuse, toute femme est appelée à partager la souffrance de la Mère du Fils de Dieu. Si elle accepte ses propres souffrances comme une participation à la douleur de Marie, l’amazone blanche de la Table Spirituelle vit. Si elle tourne le dos à son destin, elle souffre inutilement, elle meurt et fait mourir avec elle tous ceux qu’elle doit « animer », dont elle doit fortifier l’âme.

   Mais parce qu’elle est aussi « mère », une mère humaine, Marie est sans doute la seule à croire fermement en la Résurrection de Jésus : « Il l’a annoncé. Donc c’est vrai ! »

imitant en cela le prodigieux amour, l’amour absolu de toutes les mères qui s’assimile à l’amour unique, obstiné du Père.

   « Si le grain ne meurt, avait dit Jésus, il ne porte pas de fruits » Jean (12 v 24) Dans la journée du samedi-saint, tout se passe comme pour le grain semé en terre, tout se passe dans l’invisible et dans le secret, dans le Silence de Dieu. Mais ce silence n’est pas un silence de mort, c’est un temps où tout naît à la Vie !

   Pour n’avoir pas su reconnaître le temps où Dieu les avait visités, pour n’avoir pas voulu comprendre l’enseignement des prophètes qui annonçaient que le Messie douloureux précèderait le Messie glorieux, en crucifiant le Fils que Dieu s’était donné, le peuple juif s’est déshérité. Mais ce faisant, il a, malgré lui, accompli les prophéties et la volonté du Père. « Mes pensées ne sont pas vos pensées et vos voies ne sont pas mes voies » nous avertit l’Eternel par la bouche d’Isaïe son prophète. (55 v 8) « Une fois que ma Parole (mon Verbe) est sortie de ma bouche, elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir réalisé ce que j’ai voulu, sans avoir réalisé la mission que je lui ai confiée. » (55 v 11).

   Jésus est mort ? Non Jésus le Christ est vivant qui, au sein de la terre, au cœur des enfers, accomplit la mission que le Père lui avait confiée. Et personne, ni la souffrance, ni la mort, ni les puissances, ni les dominations n’y peuvent rien, l’enfer tout entier, Satan lui-même n’y peuvent rien, Jésus-Christ est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures. Et il reviendra à la fin des temps, avec une grande puissance et une grande gloire ! Car telle est la volonté du Père, telle est l’obéissance du Fils, telle est la gloire du Saint-Esprit.

   Combien de nos frères, après avoir crucifié l’Ordre et trahi la croix de leur vêture, sont partis clamant partout la fin de l’Ordre Souverain du Temple Solaire. Leurs pensées n’étaient plus les pensées de l’Ordre et leurs voies n’étaient plus les voies fixées par Dieu à l’Ordre. Après avoir inspiré les grands de ce monde, dialogué d’égal à égal avec les Princes de l’Eglise, conseillé les hommes de sciences, le petit reste demeuré fidèle a dû se replier dans ses cryptes secrètes, au cœur de Marie pour entamer une alchimie nouvelle. Dans le silence de cette période de latence – le monde s’est réjoui de ce silence qui ressemblait à une mort. Mais dans le creuset secret de Marie, l’Ordre du Temple, l’Ordre Souverain du Temple Solaire, La Table Spirituelle est née à la communauté animique et spirituelle. Cette communauté est le fruit de la volonté des uns, de l’obéissance des autres, de la fidélité de tous. Elle est le fruit de notre foi, de notre espérance et de notre amour pour Jésus-Christ et Notre Dame Marie.

   Mais cette alchimie est douloureuse. Elle exige la conversion de notre moi égoïste et orgueilleux, l’identification de nos personnes et leur fusion en la figure perdurable du « chevalier » et de l’ «amazone » du Temple. C’est dans les affres et l’agonie du vieil homme que naît la véritable liberté des enfants de Dieu.

   Emanation visible de la Parole de Dieu, structure incarnée du Royaume, l’ORDRE DU TEMPLE, La TABLE SPIRITUELLE de l’ORDRE SOUVERAIN du TEMPLE SOLAIRE est appelée à accomplir ce pour quoi la Providence l’a suscitée.

   Comme l’obéissance du Fils a permis la réalisation du plan du Père, de même faut-il que de prise de conscience en prise de conscience, de dépouillement en dépouillement, de crucifixion en crucifixion, de golgotha en assomption, nos pensées deviennent la pensée des Maîtres de l’Ordre, que nos pas suivent le sentier tracé par eux, que nos habitudes de vie s’effacent devant la Règle de l’Ordre, que nos volontés servent fidèlement la réalisation de la mission de l’Ordre. Alors, frères et sœurs, si nous réalisons cela, aux temps favorables fixés par Dieu, s’ouvrira la Neuvième Porte, et jailliront du sein de Marie, du sein de Notre Dame de toutes les grâces, des torrents de vie et de lumière, l’Esprit qui nourrira nos âmes assoiffées des mystères de Dieu.

 

Vive le Christ ressuscité !                                                       

Hommage au Christ qui vient.               

Non Nobis.   

Robert.

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