Homélie de L' EPIPHANIE

Evangile selon Saint Matthieu ch.2, v1-12 : « Jésus étant né à Bethléem de Judée, aux jours du roi Hérode, voici que des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem disant : " Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile à l'orient et nous sommes venus l'adorer. ". Ce que le roi Hérode ayant appris, il fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et il s'enquit auprès d'eux où devait naître le Christ. Ils lui dirent : " A Bethléem de Judée, car ainsi a-t-il été écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n'es pas la moindre parmi les principales villes de Juda, car de toi sortira un chef qui paîtra Israël, mon peuple. ". Alors Hérode, ayant fait venir secrètement les mages, s'enquit avec soin auprès d'eux du temps où l'étoile était apparue. Et il les envoya à Bethléem en disant : " Allez, informez-vous exactement au sujet de l'enfant, et lorsque vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que moi aussi j'aille l'adorer". Ayant entendu les paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l'étoile qu'ils avaient vue à l'orient allait devant eux, jusqu'à ce que, venant au-dessus du lieu où était l'enfant, elle s'arrêta. A la vue de l'étoile, ils eurent une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils l’adorèrent ; puis, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Et ayant été avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin. »

Le terme « Épiphanie » vient du grec ancien « épiphaneia » signifiant « manifestation, apparition soudaine ». Cette apparition soudaine, cette manifestation est celle de Dieu à tous les hommes, mais surtout la manifestation de Dieu parmi les hommes comme l’a dit Saint Jean dans son évangile : « Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, celle qu'un fils unique plein de grâce et de vérité tient de son Père. » (ch. 1, v.14). Cette promesse d’envoyer le Messie, le Sauveur, Dieu l’avait annoncé à travers ses prophètes notamment Esaïe (ch7, v14 ; ch.9 v5 ; ch42 v42-1 à 42-5).

L’Évangile de Saint Matthieu montre que les prophéties de l’Ancien Testament au sujet de l’universalité du salut se sont réalisées et que le Christ est le Roi de toutes les nations. En effet, en envoyant son Fils à tous les hommes et parmi eux sans violer ses propres lois, Dieu est fidèle à ses promesses et respecte ses engagements.

Néanmoins, ce texte de l’apôtre Matthieu ne s’arrête pas là. En effet, il nous conduit à nous interroger sur la manière dont Dieu se manifeste au milieu des hommes. Avec Noël, nous avons appris que Dieu se situe dans la plus humble partie de notre Etre et que, par AMOUR, il nous laisse le choix de l’accueillir ou non, de le faire grandir en nous ou non.

Comment pouvons nous faire en sorte que Dieu se manifeste en nous et à travers nous ? La réponse est simple : par la simplification de notre Etre, par une conversion totale et sans concession ! C’est cette réponse que nous donne les différents personnages de cet Evangile : Hérode et les Mages. Bien qu’éloignés historiquement, ces personnages sont encore très actuels en chacun de nous.

Examinons d’abord, le personnage qu’est le Roi Hérode.

Hérode Antipas, fils d'Hérode Le Grand devient Tétrarque de Galilée en 4 avant J-C. Il est connu pour être calculateur, sanguinaire et n’hésite pas à corrompre pour garder le pouvoir.

Lorsque les Mages arrivent à Jérusalem et demandent où est le roi des juifs, Hérode est troublé. Pourquoi Hérode est-il troublé et que veut dire « troublé » ?

Hérode est un roi ignorant. Il ne s’est préoccupé que du pouvoir, de son pouvoir au sens matériel, temporel, mais il ignore les Saintes Ecritures et demande aux prêtres, ainsi qu’aux scribes ce qu’il en est de la naissance du Christ. Il est évident qu’il envisage le Christ comme un rival et qu’il a peur de perdre son pouvoir. Il est dirigé et obsédé par la peur comme le montre tous ses agissements passés. Il n’a pas l’intention de laisser un autre que lui, gouverner.

Hérode est à l’image de notre Moi ! Comment réagissons-nous quand les Saintes Ecritures nous annoncent que Dieu est en nous, au milieu de nous ? Dans notre société matérialiste, de plus en plus tournée vers elle-même, comment est accueillie la bonne nouvelle : la naissance du Christ, du Sauveur ? Et surtout, que faisons-nous et que font les hommes pour préparer son retour : la Parousie ?

Acceptons-nous de laisser le Christ en nous accéder à son trône et conduire notre vie grâce à notre Soi ou Laissons-nous notre Moi, Notre Ego, dirigé notre vie ?

Si nous choisissons la première option, seule la simplification de nos êtres, une conversion totale de nous-mêmes permettra au Christ en nous de nous investir pleinement, de prendre sa place. Il nous appartient donc de nous dépouiller de tous nos attributs (certitudes, croyances, attitudes…) pour faire place au Christ. En prenant notre bâton de pèlerin pour cheminer, en acceptant de nous défaire au fur et à mesure des peaux, des manteaux qui nous entourent, nous pouvons redevenir ce petit enfant à qui le Royaume de Dieu est promis. Acceptons de dire : « Je ne sais pas ce que je ne sais pas ».

La société et nous sommes dans l’illusion d’être des rois : rois de la consommation, rois de nos corps, de nos pensées, de nos agissements, de nos biens. Tout ceci n’est qu’une illusion soigneusement et habilement entretenu par l’Adversaire, prince de monde. Il entretient cette illusion grâce à nous qui le lui permettons. En aucun cas, nous ne sommes propriétaires de quelque chose en ce monde. Tout au plus, sommes-nous des administrateurs qui auront à rendre compte de la gestion des biens autant que matériels et spirituels qui nous ont confiés. C’est Dieu qui nous a confié ce que nous croyons posséder. Même notre vie ne nous appartient pas. Il s’agit pour nous d’en faire bon usage (voir paroles de la chanson Chevalier Solaire). Rappelons-nous la parabole du maître qui, partant en voyage, confie des talents à ses serviteurs (Matthieu ch.25 v 14 à 30).

Ignorant, Hérode est aussi calculateur puisqu’il fait venir les mages en secret pour leur faire dire la date exacte où l’étoile est apparue. Puis, il les envoie trouver l’enfant afin de l’informer de l’endroit exact où il se trouve. Il est évident qu’à ce moment-là, Hérode a l’idée de se débarrasser de cet enfant qu’il voit comme un rival à son pouvoir absolu.

Hérode nous amène à nous interroger sur nos propres intentions, sur notre pureté. Quelle est la pureté de nos intentions, de nos actes dans notre vie ? Voici une réponse que donne la bible dans le Psaume 119.9 (SEG) : « Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? En se dirigeant d'après Ta parole. ». Ainsi, en suivant la parole du Seigneur, en nous dépouillant de nous-même pour faire place au Christ, nous pouvons nous purifier. Voici la récompense qui est promis à ceux qui sont purs : — Matthieu 5.8 : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! ».

Face à Hérode, nous trouvons trois Mages faisant preuve de courage, de foi et d’espérance. Ils chemineront durant une année entière en suivant une étoile dans l’espérance de rencontrer le Messie, le Sauveur annoncé. 

Ces trois personnages sont appelés Mages alors que nous savons qu’ils sont aussi rois. Pourquoi le mot « rois » ne figure pas au côté du mot « mages ». Peut-être s’agit-il d’un oubli, d’une mauvaise impression ? La réponse est négative. Ces Trois Mages sont de grands initiés et détenteurs de la Connaissance. Ils savent qu’il n’existe qu’un Roi : Le Christ. Ils se sont dépouillés de leur attributs pour rendre hommage et adorer le seul et unique Roi contrairement à Hérode.

En se dépouillant, ils ont accepté de devenir de simples serviteurs qui vont à la rencontre de leur Maître : un enfant. Ils ont accepté de revêtir le manteau de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour en suivant une Etoile, Marie, comme l’a appelé Saint Bernard. Ils s’en sont totalement remis à elle. Ils se sont abandonnés à Dieu et comme ils avaient le cœur pur, ils ont pu voir Dieu fait homme.

Nous aussi, faisons cette purification, cette simplification de nos Êtres, ce « Djihad » intérieur, cet effort sur nous-même en suivant Notre-Dame pour pouvoir être revêtus de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour. Préparons en nous, préparons ensemble la venue du Paraclet pour qu’un jour, si Dieu le veut, la Parousie s’accomplisse.

 

                                                                          « Rien pour nous, tout pour la plus grande gloire de Dieu. »

                                                                          Prieur islamo-christique

                                                                          Hicham

LOHENGRIN Prélude - WAGNER R.
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